DESERT, FILS DE MONTAGNE

Publié le par Mirélie

 

DESERT, FILS DE MONTAGNE


C’est une histoire de famille : une famille comprenant cinq enfants issus d’une mère généreuse et pourvoyeuse de bonheur : mère Montagne. Parmi eux, un vilain petit canard, un faiseur d’embrouilles et de malheurs, un fils qui se démarquait pour filer à contre-courant : Désert.

Lorsque Montagne ne pouvait plus supporter le comportement de son fils, quand il poussait le bouchon vraiment trop loin, elle s’exclamait haut et fort : « Fils, moi, la montagne, je t’ai donné le jour, et toi, Désert, en remerciement, tu ne me causes que des problèmes. Sans moi, Montagne, Désert, tu ne serais rien, et chaque jour, par tes actions, je regrette de t’avoir mis au monde. Tu fais la désolation de ta mère.»

Mère Montagne se demandait souvent pourquoi parmi ses cinq enfants, seul, son fils Désert lui donnait tant de fil à retordre. Pour ce qui était des autres, elle n’en retirait qu’une entière satisfaction.

Elle avait engendré Torrent qui dévalait ses abrupts versants, en innombrables cascades et en petites vasques. Torrent était un être plein d’impétuosité et de vigueur. Il revêtait sa pleine force à la fin de l’hiver et au début du printemps. Il suivait le rythme des saisons et il apportait beaucoup de joie à Montagne. Il permettait aux animaux sauvages de se désaltérer et il communiquait vie et joie à son environnement. Même l’aigle et le chocard l’appréciaient, sans parler des truites fario et des saumons argentés.

Montagne avait également engendré Rivière. Sa fille Rivière constituait sa plus grande fierté. Elle s’écoulait vivement au sortir de gorges profondes, se ruait en cascades abondantes et assourdissantes, puis finissait de flâner paisiblement au cœur d’une plaine large et fertile.

Tant d’éléments reposaient sur l’activité de Rivière, tant d’opportunités de vie, que Montagne se gaussait d’une fille d’une telle valeur. C’était un peu comme si Rivière avait été promue major d’une école de grand prestige. Mère Montagne la cajolait, la complimentait, la félicitait sans arrêt : « Que je suis fière de toi, ma chère fille, ce n’est pas comme ton frère Désert qui ne me cause que des problèmes, un sac de problèmes aussi inépuisables qu’infinis. »

Une autre fille de Montagne était Forêt. Forêt qui recouvrait ses flancs orientés au Nord, Forêt qui protégeait mère Montagne de la destruction et de la perte de sa substance. Forêt qui fournissait abri et nourriture aux petits et aux grands animaux montagnards, comme l’écureuil, le chevreuil, le chamois ou le renard, mais aussi à toute la faune avicole. Forêt qui offrait aux hommes le bois pour se chauffer et construire des abris ou des bateaux.

Le dernier fils de Montagne se nommait Pâturage. Pâturage remplissait le paysage de beauté et de gaieté. Par ses couleurs éclatantes, celles du vert ardent et celles des fleurs des champs, il exaltait les yeux et reposait l’âme. Les animaux d’élevage s’y prélassaient et se gavaient de sa riche verdure. L’homme y faisait la sieste, tandis que la petite marmotte s’en donnait à cœur joie.

« Pourquoi, faut-il donc que j’ai eu ce fils, Désert ? », ce fils auquel Montagne ne cessait de déclamer : « Mon fils, Désert, tu fais la désolation de ta mère, Montagne. »

Il faut dire que Montagne disposait d’excellentes raisons d’en vouloir à Désert. Elle lui avait permis d’exister par des apports constants en alluvions et en minéraux aussi riches que nombreux. Sans elle, c’était absolument certain, jamais il n’aurait existé. Elle lui avait octroyé ses couleurs chatoyantes, allant  du blanc à l’ocre pâle en passant par l’orangé et le grenat. De part ses couleurs, on pouvait affirmer que Désert constituait plutôt une réussite. Mais de part son action, quelle calamité !

Lorsque l’eau de Torrent et de Rivière, après avoir traversé le territoire de Forêt et de Pâturage, atteignait celui de Désert, elle se perdait comme si elle n’avait jamais existé. Plus aucune plante ne montrait le bout de sa tige et ne parvenait à tendre la moindre petite feuille. Quant à l’éventualité de l’apparition d’une fleur, si minuscule soit-elle, cet évènement ne pouvait relever que de la plus pure imagination !

A sa surface, la chaleur devenait torride le jour et le froid épouvantable la nuit. Désert était l’instigateur d’un milieu particulièrement hostile et rébarbatif.

Montagne avait beau essayer de tendre ses pics acérés vers les cumulo-nimbus pour les capturer, les emprisonner et les déchirer, à peine parvenait-elle à provoquer l’écoulement d’un minuscule ruisseau au sein de Désert. Celui-ci s’empressait de l’engloutir immédiatement et de le faire disparaître aux yeux de tous.

Calamité, voilà le nom que Montagne aurait dû donner à son fils, Calamité et non Désert.

Et puis un jour, un évènement survint, un évènement qui vint réconcilier Montagne et Désert.

Un jour, un petit avion survola ce pays, et le pilote aux prises avec de grandes difficultés, fut contraint d’atterrir en plein milieu de Désert. Il s’agissait d’un aviateur de grande renommée.

Au centre de cette immensité, l’aviateur fit une rencontre extraordinaire, celle d’un petit garçon, un très jeune prince. Une profonde amitié naquit entre les deux êtres, et curieusement, les roses des sables environnantes se transformèrent immédiatement en véritables roses, adoptant toutes les nuances du rose, du rouge, de l’orangé, du jaune et du blanc. Un véritable tapis de roses s’étala sous les yeux de montagne.

Par la suite, un vieux renard se mit à parler avec le petit Prince, et à sa suite, tous les autres renards des sables firent de même.

Une véritable révolution dans le corps et l’âme de Désert était en train de se produire. Désert devenait l’instigateur de la plus belle parabole qui soit.

Le regard de Montagne sur son fils changea du tout au tout, car Désert était devenu porteur d’un message essentiel.

Malgré l’étrangeté du comportement habituel de son fils, Montagne cessa de lui dire : « Sans moi, Montagne, Désert, tu ne serais rien, et chaque jour, par tes actions, je regrette de t’avoir mis au monde. Mon fils, Désert, tu fais la désolation de ta mère, Montagne.»

Et depuis ce jour, Montagne se mit à aimer son fils Désert d’un amour immense et inconditionnel.

 

Michèle Durand

22 Mars 2011

Publié dans contes en poésie

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Commenter cet article
E
<br /> <br /> Malheureusement ce texte repose sur un préssuposé qui est faux, à savoir qu'il n'y aurait pas de vie ni de végétation dans le désert. Or tous les déserts ont une flore et une faune très riche car<br /> il y a de l'eau, la rosée du matin et les nappes phréatiques + les oasis.<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> <br /> Je sais, Enriqueta, je connais le désert du Kalahari. Mais, là, j'ai fait une sorte de métaphore, et puis, il y a tout de même des zones entièrement désertiques où rien ne pousse, au Sahara, en<br /> Gobie, etc...<br /> <br /> <br /> Bisous<br /> <br /> <br /> <br />