Partager l'article ! HUGO, LES CHEVAUX, etc............. VERSION COMPLETE ET REVISEE: HUGO, LES CHEVAUX, etc.…………. VERSI ...
HUGO, LES CHEVAUX, etc.………….
VERSION COMPLETE REVISEE
Sifflements stridents. Tintamarre silencieux. Silence assourdissant. Qu’est-ce qu’il se passe dans mes oreilles, dans ma tête, dans mes tempes ? Ca vibre, ça cogne, ça pousse vers l’extérieur. Mes yeux vont sortir de leurs orbites, mon nez va éclater et mon crâne exploser….
Tout à coup, plus rien……Je flotte, mais où ?
Où suis-je ? Suis-je tout simplement ?
……. Impressions floues, parfaitement indistinctes…….sensations étranges…….
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- Où cours-tu si vite Hugo ?
- Je vais voir les poulains au pré, Maman. Y en a un nouveau depuis hier soir. Un tout noir.
- Mais, et tes devoirs, tu les as fait au moins, Hugo ?
- Oui, Maman, j’ai tout fini. Te fais pas de souci.
Odile n’a pas trop à se plaindre de son fils de sept ans. Intelligent, futé, disposant d’une excellente mémoire, il n’a pas besoin de fournir beaucoup d’effort pour son travail scolaire. Et heureusement d’ailleurs pour lui, car il a la tête ailleurs. Hugo a l’esprit et le corps complètement absorbé par les chevaux. L’esprit, car il pense constamment cheval, et le corps, car même assis sur un fauteuil il mime le mouvement du cavalier sur sa monture. Un petit centaure, voilà ce qu’il aurait dû être dans un autre monde.
- Hugo !
Le gamin se retourne brusquement avant de franchir le portail.
- Ne rentre pas trop tard. On mange à 7 h et demi, tu le sais.
- Oui, Maman, je sais. Je serais pas en retard.
Malgré son rappel, Odile sait parfaitement que son fils ne sera pas à l’heure.
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Bing, bang, bing, bang, bing, bang, ma poitrine tambourine au même rythme que ma tête……
Dans mes tempes, bing, bang, bing, bang……
Bing, bang, bing, bang, noir, blanc, noir, blanc, vide, néant, gouffre béant.
Mais bon sang, où suis-je donc ?
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Dans la carrière de dressage, six cavaliers évoluent sur de superbes montures. Deux andalous, deux selles français et deux barbes. Des bêtes à la robe propre, nette, et luisante. Le palefrenier doit prendre soin d’elles consciencieusement et leur nourriture doit être abondante et variée. Le grand air ne doit pas leur manquer ainsi que l’herbe du pré.
En deuxième position, tourne une très jeune fille. Elle porte un jodhpur beige, un corsage vert olive et une courte veste noire, dont la couleur s’harmonise parfaitement avec celle de sa bombe et de ses bottes. De légères mèches blondes s’échappent de sa coiffure et volètent sur sa nuque. L’élégance, la grâce et la jeunesse sont au rendez vous avec elle. La gentillesse aussi, car celle-ci monte par amour du cheval et pas pour se donner un statut dans la société d’aujourd’hui. Son cheval, un barbe gris clair, semble trotter en totale harmonie avec sa cavalière.
Deux cavaliers plus loin, un jeune garçon, élancé et aux jambes interminables. Il n’a aucun problème à diriger son cheval par le biais de celles-ci. Du coup, il rend la main et l’alezan selle français a l’air tout à fait heureux de caracoler et d’effectuer les différentes figures demandées.
Ces deux cavaliers ne savent pas encore qu’ils vont bientôt tomber amoureux l’un de l’autre. Elle n’a que quatorze ans et lui quinze.
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- Maman, raconte moi encore les émissions et les films que tu regardais quand tu étais enfant.
- Mais, je t’ai déjà tout raconté, Hugo.
- D’accord, Maman, mais je ne m’en lasse pas. Et puis, tu sais, c’est pas de ma faute à moi, si on ne passe plus ces films maintenant.
Odile déplore que Zorro, Rintintin, Sébastien parmi les hommes, ou les aventures de Poly, ainsi que bon nombre de westerns aient déserté le petit écran, car, c’est tout à fait le style de films qui passionnerait Hugo.
Alors, elle court les vidéothèques à la recherche de films sur les chevaux et elle raconte, elle raconte inlassablement à son fils, des épisodes de Zorro ou de Sébastien parmi les hommes. Et puis, elle lui a acheté Crin Blanc, et le livre qui n’a pourtant qu’un an, donne l’impression d’en avoir dix tant il a été feuilleté, refeuilleté, lu, relu et emporté partout.
Son fils a un besoin prépondérant et insatiable de rêve et une réelle passion, le cheval, et ni la télévision, ni internet, ni les ordinateurs ne retiennent son attention et ne remplissent ce rôle.
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Prisme multicolore, maintenant. Tiens, c’est surprenant après tout ce noir et blanc ! Kaléidoscope furtif et erratique. Image magnifique perçue à l’intérieur de mes yeux. Que c’est beau, toutes ces couleurs mélangées, entremêlées en damier d’arlequin !
A part ces sensations visuelles insolites, je ne ressens plus rien. Bizarre, ça. Je suis où ? Je ne vois plus rien réellement. Je n’entends plus rien à part ces effroyables sifflements, stridents. Pourquoi ça siffle ainsi ?
Tiens, on dirait que je bouge, mais où suis-je donc ?
Mince, le joli kaléïdoscope a disparu. Tu veux bien revenir, toi. Tu étais si beau et tu m’emmenais si loin. Emmenez moi jusqu’au bout de la terre. Emmenez moi au pays des merveilles. Lalalalalalalala…. Qui chantait cette chanson ? Emmenez-moi jusqu’au bout de la terre… Ca y est, je suis parti dans un autre pays, emporté par les paroles de ce refrain. Je navigue sur les flots tranquilles, le soleil crée des milliers, des millions de miroirs à la surface de l’onde. Leur reflet me brûle les yeux. La lumière de l’astre solaire est terrible. Je ne peux plus regarder. J’ai mal.
Des taches semblent passer devant moi, des taches plus foncées. Pourquoi ne puis-je rien voir pour de vrai ? Ah ! Mais, je comprends, je dois avoir les yeux fermés. Alors, rien de plus simple, je vais les ouvrir.
Merde ! Je peux pas ouvrir ces satanées paupières. Pourquoi ne puis-je donc pas les ouvrir ? Ce n’est pourtant pas sorcier d’ouvrir les yeux ! Si je peux pas ouvrir les yeux, c’est que j’ai un sacré problème !
Je vais essayer de bouger les lèvres. Bouge la lèvre inférieure, bon sang ! Mais, pourquoi, mon corps ne m’obéit-il pas ?
Pas la peine d’essayer de bouger un doigt, ça doit être encore plus compliqué !
Oh ! la la ! Rien que de penser à tout ça, je me sens complètement épuisé !
Je vais essayer de me concentrer pour retrouver des forces. Surtout arrêter de penser. Surtout rassembler mes idées.
Bon, stop ! Je ne pense plus, je me repose…..Je me repose, je me repose, je me repose….
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Le jeune garçon est devenu un excellent cavalier. A dix-sept ans, il est destiné à une carrière prometteuse. Ses galops en poche, comme une lettre à la poste, car ce n’est vraiment pas ça qui l’intéresse, ça c’est juste une formalité, un sésame pour son futur métier et ses concours prochains, il passe presque tout son temps libre sur le dos de son alezan.
Les parents ont dû céder et le bel alezan acheter. Pas moyen de faire autrement quand on a un fils aussi têtu et aucun problème d’argent.
Par contre, la mère a appris la peur tandis que son fils apprenait les rudiments des concours hippiques.
Une première chute est venue lui montrer que son fils avait choisi un sport dangereux, et une deuxième plus grave est survenue pour le lui confirmer. Désormais, la mère préfère aller regarder son fils monter le plus souvent possible plutôt que d’attendre tranquillement son retour à la maison.
Un soir, le fils rentre en disant fier et content : - Paul a décidé de m’inscrire au concours complet du département pour la saison prochaine.
- Le concours complet ? Le concours avec le concours hippique, l’épreuve de dressage et surtout l’épreuve de cross ? Jamais, je ne te laisserai y assister. Jamais, tu m’entends ! Tu peux essayer le concours hippique si tu veux, à tous les niveaux mais pas le complet.
Le ton est si catégorique que le fils n’a même pas le courage de s’opposer à cette interdiction.
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- Maman, tu crois qu’un jour, je pourrais essayer de monter sur le dos de la jolie jument marron ?
- Je sais pas, Hugo. Il faudrait demander au fermier, mais à mon avis, elle doit pas avoir l’habitude.
- Maman, tu peux m’emmener voir le fermier Mercredi ?
- On verra, on verra, Hugo.
- On verra pas, Maman, je veux qu’on y aille. Je veux monter sur le dos de la jolie jument marron.
- Hugo ! De temps en temps, tu pourrais pas essayer de me parler d’autre chose que de chevaux, s’il te plait. Par exemple, comment vas ta petite copine Coralie ? Elle a guéri de sa rougeole ?
- Ben, je crois que oui, Maman, car elle est revenue à l’école.
- Et tu peux pas l’inviter à la maison un mercredi pour jouer avec toi, Hugo ?
- Non, Maman, je crois pas. C’est pas une bonne idée.
- Et pourquoi, donc, Hugo ?
- Parce que Coralie, elle a peur des chevaux !
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Pas moyen d’arrêter de penser. Pas moyen de se reposer. Et, pourtant, je crois bien que j’ai fait un petit somme. Mais, voilà, la sieste n’a pas duré longtemps, et immédiatement, ça recommence à s’agiter à tout berzingue là dedans. Je dois avoir les neurones sacrément agités, en vrac et endommagés, car ça part dans tous les sens. On dirait qu’on a donné le départ d’une course mais que tous les coureurs sont partis dans mille directions différentes, dans un total désordre et surtout pas tous en même temps. Sont même pas sûrs de faire la même course, alors ? C’est l’anarchie, le chaos.
Merde que j’ai mal au crâne, et au front, et aux yeux, et aux oreilles, et au ……..alouette, gentille alouette, alouette, je te plumerai, alouette, gentille alouette, alouette, je te plumerai. Je te plumerai la tête, alouette….. Putain, mais qu’est-ce que je fous ? Pourquoi, suis-je en train de chanter cette rengaine ? Oh ! Mais, c’est que ça n’a vraiment pas l’air de tourner rond là-dedans. J’ai quel âge, au fait ?
Ca bouge autour de moi. Je sens des tas de mouvements. Des taches passent devant mes paupières, de plus en plus de taches, des taches colorées, à nouveau, enfin, un peu de gaieté dans tout ce noir ambiant.. Et puis, les sifflements ont presque disparu. Tout au moins, ils ont vraiment diminué. J’entends tout un tas d’autres bruits. On dirait des voix. Je vais essayer de me mêler à la conversation. Je vais leur dire que je suis là, parce que j’ai l’impression qu’ils ne me voient pas. Je ne suis pas mort, tout de même ! Comment ça fait quand on est mort. C’est comme ça ? Mais, alors comment on fait pour s’en apercevoir si on ne ressent plus rien ? Et moi, je ne ressens plus rien.
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Je voudrais tellement qu’il me voie. Enfin, je veux dire que je voudrais qu’il me voie autrement que les autres personnes, qu’il me voie différemment, tout comme moi, je le vois.
Comment se fait-il qu’il soit aussi absorbé par les chevaux et tout ce qui a attrait à eux ? Moi, aussi bien sûr, je les adore, mais cela ne m’empêche nullement de le voir, lui, si beau, si ailleurs et si original, et surtout si adorable avec les chevaux.
Je crois qu’en fait, un garçon distant, perdu dans son monde, paraissant inaccessible, nous attire encore davantage, nous les filles, qu’un garçon prévenant, attentionné et sensible à nos charmes.
D’ailleurs, je le vois bien autour de moi, toutes les filles n’ont d’yeux que pour lui et il ne s’en aperçoit jamais.
- Oh ! Mais, toi, quand vas-tu sortir de ta bulle ? Ai-je envie de lui crier.
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- Maman, le maître d’école nous a demandé de faire une rédaction sur nos vacances et il a ajouté : « sur vos vacances ou bien sur un loisir que vous adorez »
- Mais, c’est super, ça, Hugo. Tu vas pouvoir raconter tes vacances de cet été au bord de la mer.
- J’ai pas envie, Maman. Je préfère raconter une petite histoire avec les chevaux d’à côté.
- Mais, il n’y a rien à raconter au sujet de ces chevaux, Hugo. Il ne leur est rien arrivé. Ils paissent dans leur pré et c’est tout. Tandis que pendant les vacances, tu as fait du bateau, tu as péché avec Papi, tu as appris à nager,….
- J’ai pas envie de raconter mes vacances au bord de la mer, Maman.
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Maintenant, la douleur est là. La douleur est apparue en même temps que les couleurs. Douleur intense, fugace ou latente. Douleur irradiante et intolérable. Douleur paroxysmique.
J’ai mal, j’ai très mal. Je hurle que j’ai mal, partout ou nulle part, je ne sais pas. Où est ma tête, où sont mes jambes, mes bras, mon ventre ?
Douleur ? Il a du se passer quelque chose pour que je souffre autant. Fais des efforts pour te rappeler. Comment en es-tu arrivé là ? Qu’a-t-il bien pu se passer ?
40 points d’avance après la première épreuve….. Après, qu’est-ce que j’ai fait ? Je ne me souviens plus…. Sirocco était en pleine forme. On est allé manger au resto avec les potes. On a fêté mon résultat et après, après, plus rien, le vide, le néant. Bon, je me calme, je récapitule….
Je crois que maintenant, on parle, on me parle ou bien on parle à quelqu’un d’autre ? Mais, vous n’entendez donc pas ce que je suis en train de vous dire ? Vous ne voyez donc pas que je vous tends la main ? Oh ! La ! Je suis là. Regardez moi, comprenez que j’ai mal !
Putain ! Mais que font-ils ? Pourquoi font ils comme si je n’étais pas là ? Ils semblent regarder au travers de moi, et pourtant ils semblent s’adresser à moi. Je n’y comprends plus rien.
Il faut absolument que je fasse quelque chose pour me faire remarquer.
Je vais essayer, au moins, d’ouvrir ces fichues paupières. Bon sang, on dirait qu’elles pèsent une tonne !
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Il a fini par s’apercevoir que j’existais, il a fini par remarquer que j’étais un peu différente des autres. Notre amour des chevaux nous avait déjà rapproché et l’amour tout court a fait le reste.
Je croyais qu’il n’avait qu’une passion dans sa vie : les chevaux, et je me suis aperçue qu’il pouvait en avoir plusieurs, au moins deux : les chevaux et moi.
Nous nous sommes aimés alors que nous préparions nos examens. Nous avons réussi ceux-ci avec une grande aisance, sans doute transportés par notre amour et si désireux de nous retrouver tout à fait ensemble au sein d’un même appartement.
Je ne sais si c’est à cause de cette précipitation que nous avons mis à vivre le plus tôt possible ensemble, mais dès que nous fûmes installés, les disputes commencèrent.
Quatre années que nous nous aimions et pas une seule querelle n’avait éclaté et voilà que maintenant que l’avenir s’offrait à nous plein d’espoir et de bonheur, tout capotait.
L’heure à laquelle je rentrais après mes leçons d’équitation, le concours que je préparais, la santé d’Aquillion qui nous posait problème, ou bien les tendons de Junny, les factures à payer, le loyer, le choix des meubles du salon, ou bien l’amitié qui s’installait avec un élève assez doué, tout devenait sujet de discussions inépuisables et stériles.
Six petits mois ont suffi à annuler et pratiquement à détruire quatre années d’amour sans faille et de pur bonheur.
Ecoeurée, déçue, par moi-même et par lui, épuisée, j’ai préféré prendre la fuite. Un dimanche matin, alors qu’il s’apprêtait à partir pour un concours hippique, j’ai prétexté un fort mal de crâne du à une mauvaise chute, et je suis restée dans l’appartement. Dès son départ, je préparais mes affaires pour m’en aller sans laisser d’adresse.
J’étais absolument certaine de ne pas me tromper en le quittant et pourtant dans les mois et les années qui suivirent, je n’ai cessé de le regretter. Je me suis dit que j’aurais dû lui parler et que la communication devait sans doute passer bien avant la fuite.
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- Maman, je veux aller faire du poney le mercredi.
- Mais, Hugo, je croyais que les chevaux du fermier étaient tes amis ?
- Ils sont plus mes amis, Maman, car ils vont partir.
- Comment ça, ils vont partir ?
- Le fermier les a vendu, Maman. Le mois prochain un gros camion va venir les chercher et je sais pas du tout où ils vont aller. Ils sont plus mes amis, Maman, et je veux aller faire du poney à l’endroit où le maître nous a emmenés un jour. T’as qu’à lui demander où c’est. Maman, je veux faire du poney.
- Je verrai ça, Hugo. Viens contre ta maman, mon fils. Il me semble que tu as un gros chagrin.
- J’ai pas de chagrin, Maman. Les chevaux d’à côté sont plus mes amis et le fermier non plus d’ailleurs. Je veux me faire des amis avec les poneys que j’ai vus avec le maître. Maman, tu me promets de m’y emmener, dis ?
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Je suis partie loin. Je ne lui ai laissé ni mon adresse ni mon téléphone. J’ai interdit à mes parents et à mes amis de les lui donner. Je voulais couper les ponts, disparaître de sa vie.
Je suis partie mais il n’a pas disparu de ma vie. Il était tout le temps là. Il était là, quand je montais, quand je pansais, quand je donnais mes cours, quand je concourais, quand je rentrais chez moi, seule, tout le temps.
J’ai cru que j’y arriverais, j’ai eu tort. Je n’ai réussi qu’à survivre, mais plus jamais à vivre.
J’ai eu quelques aventures, des amants, comme on dit de passage. Pendant un court moment, j’ai même cru que je retombais amoureuse, mais, aucun homme ne pouvait lutter contre lui. Il était, pour moi, l’idéal personnifié et j’errais d’échec en échec. Un idéal invivable mais un idéal qui me gâchait la vie.
J’ai déménagé, je suis partie plus loin pour essayer de ne plus penser à lui. Je me suis dit que la distance réduirait mon chagrin. J’ai même quitté le pays pour aller m’installer en Angleterre. Enseigner l’équitation ici ou ailleurs, quelle importance !
Mais, les anglais m’ont rapidement agacée et contrariée. Leur flegme, leur espèce d’indifférence et de nonchalance comparée à sa forte personnalité et sa présence m’ont mise hors de moi. Je n’ai pas pu les supporter plus d’un an et je suis rentrée.
Et là, un matin, en allumant mon poste de radio, au volant de ma voiture, j’ai entendu…………
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Je vois des lignes, une grande ligne verte, une ligne épaisse et marron, et puis, des petites lignes rouges, blanches, rouges, blanches. Je suis en train de saluer de la tête. Mais qui puis-je donc saluer ainsi ? Je suis emporté dans une course folle, je revois les lignes, les lignes vertes, rouges, blanches…. Je vois des barres, tout un tas de barres. J’entends un crépitement d’applaudissements. C’est pour moi ces applaudissements ? La course folle continue…
Plus de barrières du tout, mais un grand champ vide, de la terre battue, des arbres et des buissons. Mais qu’est-ce que je fais là, bon sang ? La course va encore plus vite que tout à l’heure. Il commence à pleuvoir. J’ai mal aux yeux, et les gouttes m’empêchent de bien voir où je vais. La course va mille fois plus vite que mon regard sous ce rideau de pluie.
J’ai franchi l’oxer, la double barre, reprise de galop, virage à droite serré… Ca y est, tout est là, je me souviens précisément….. Mais, non, rien n’est là…. Parce que si Sirocco a tout franchi correctement et vite, pourquoi suis-je ici ? Ca y est, j’y suis : j’ai remporté l’épreuve du saut d’obstacles haut la main : 60 points d’avance à la fin. Mais, alors, putain, pourquoi est-ce que je me retrouve ici, immobile ?
Ca y est, je comprends mieux. On dirait qu’ils essaient de me parler, à moi, rien qu’à moi. Ca y est, j’entends très bien les mots qu’ils disent : - Hugo, réveillez-vous, Hugo, on vous parle. Votre mère est là, Hugo. Ecoutez, elle va vous parler.
- Hugo, mon chéri, tu m’entends ? Hugo, je suis là. Il parait que je dois te parler, te parler sans arrêt. Tu sais, ça fait une semaine que je viens tous les jours et que je te parle et te parle sans arrêt pendant très très longtemps. Tu m’entends Hugo ?
- Oui, Maman, je t’entends, et toi m’entends tu ? Mais, je suis désolé, Maman, ce n’est pas toi que je souhaiterais entendre. Elle est où, maintenant ? Sait-elle ce qu’il m’est arrivé ? Que je suis bête ! Comment pourrait-elle savoir ? Elle est partie vivre ailleurs, si loin !
- Docteur, il ne m’entend pas. Il ne me répond jamais rien. Vous êtes sûr que je dois continuer à parler ?
- Oui, Madame Degan, parlez lui et parlez lui encore. Il a montré des signes de réveil. Continuez, je vous en prie.
- Maman, je t’entends, mais tu ne le sais pas. Maman, c’est ma faute, tout ça. Je suis tellement têtu. Tu me l’avais bien dit pourtant de ne pas tenter le concours complet. Quand j’étais encore adolescent, tu me l’avais même interdit. Mais à un adulte, on ne peut plus rien interdire, hein, Maman ? Ah ! Je me demande dans quel état je suis maintenant. Je dois être en miettes, enfin, presque. Ca ne doit pas tourner trop mal pour moi puisque j’arrive à penser et à parler. Mais, d’après ce que j’entends dire, ils ne m’entendent pas et je ne sais pas pourquoi. Est-ce que je parle juste dans ma tête ? Tu entends, Maman ? Tu entends quand je te dis que tu avais raison de m’interdire ce concours ? Les tous premiers concours complets que j’ai fait étaient plutôt faciles pour moi, mais par la suite, c’est allé de mal en pis. Je ne pensais pas qu’il soit possible de demander à un cheval de tels efforts ! Une pure folie ! Une épreuve aussi longue et aussi terrible ! Pas étonnant que Siroco se soit effondré ! Et pourtant Siroco était le meilleur, le digne fils d’Aquillion, un jusqu’au boutiste infaillible, Maman. Et, il est où, maintenant, Siroco ? Je préfère que tu ne m’entendes pas et que tu ne puisses pas me répondre, car j’ai trop peur que tu me dises qu’ils l’ont conduit à l’abattoir……
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J’ai lu l’article à une vitesse folle. Je l’ai relu et les jours suivants, j’ai cru mourir. J’ai erré, tourné en rond, perdu du temps. J’ai arrêté mes cours, mes entraînements, j’ai perdu l’appétit et le sommeil. J’ai culpabilisé. Je me suis dit : - Si j’avais été là, à ses côtés, peut être ?.....
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- Hugo ! Hugo ! Je t’en prie, tu m’entends ? Hugo, tu reconnais ma voix ? Je suis là. Je suis revenue. Je vais rester. Je ne te quitterai plus jamais Hugo. J’ai tout appris par la radio, Hugo. Je sais tout maintenant. Ton cheval va bien. Il n’a rien de cassé. Surtout ne te fais pas de souci pour lui. Je te connais Hugo, tu serais capable de ne pas te réveiller à cause de Siroco. Je te répète qu’il n’a rien de cassé.
Tu n’as pas eu de chance, Hugo. Il s’est mis à pleuvoir juste quand tu as démarré le parcours de cross. Une véritable averse qui t’a poursuivi tout le temps de ta course.
Siroco s’est effondré au sortir de la rivière. Le sol était complètement détrempé, et toi, tu n’y voyais quasiment plus rien. Sirocco s’est envolé trop tôt. Il a tout pris sur les antérieurs. On a cru qu’il allait y rester. Mais, finalement, ton cheval est très solide. Il va bien, il va très bien.
Par contre, toi, tu as drôlement été amoché. Mais, toi aussi, tu vas aller bien Hugo, très bien, je te le promets. Je vais rester à tes côtés. Je vais te soigner, je vais te guérir. Tu vas d’abord te réveiller et puis je te réapprendrais à marcher. Tu sais, je ne crois pas que cela soit plus difficile que d’apprendre à monter à cheval aux élèves que j’ai en ce moment. Je crois même que cela sera très facile, car notre amour nous aidera, Hugo.
Hugo, c’est Isabelle. Je suis revenue.
Michèle Durand
14 Juin 2010
HUGO, LES CHEVAUX, etc............. VERSION COMPLETE ET REVISEE
HUGO, LES CHEVAUX, etc............. - 2 -
HUGO, LES CHEVAUX, etc............. - 1 -
AU SEIN DE LA FORET CANADIENNE - 14
AU SEIN DE LA FORET CANADIENNE - 13
AU SEIN DE LA FORET CANADIENNE - 12
AU SEIN DE LA FORET CANADIENNE - 11
AU SEIN DE LA FORET CANADIENNE - 10
AU SEIN DE LA FORET CANADIENNE - 9
AU SEIN DE LA FORET CANADIENNE - 8
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AU SEIN DE LA FORET CANADIENNE - 4
AU SEIN DE LA FORET CANADIENNE - 3
AU SEIN DE LA FORET CANADIENNE - 2
AU SEIN DE LA FORET CANADIENNE - 1
SI PETITE, SI INVISIBLE !
LA VIE DE MELANIE ET LUDOVIC
UN VOISIN TRES ETRANGE - Episode N°4
UN VOISIN TRES ETRANGE - Episode N°3
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