Partager l'article ! IL TRAVAILLAIT COMME UN DINGUE !: J'ai décidé, aujourd'hui, de vous proposer la lecture d'une nouvelle avec plusieurs solutions de fin ...
Les choses avaient commencé à changer lors de la reprise de son travail. Auparavant, tout allait bien, enfin, presque. Disons, que tout lui semblait normal, mais qu’il était tellement débordé qu’il avait fini par en faire une dépression.
Un an d’arrêt de travail, trois mois en maison de repos. Il avait, paraît-t-il été au bout de ses forces. Il aurait, semble-t-il dépassé ses propres limites. Il s’était effondré d’un coup, tel un arbre solitaire dans la forêt abattu par les bûcherons. Il n’avait rien vu venir. Il ne s’était pas vraiment rendu compte de la pression exercée quotidiennement sur lui. Ses supérieurs lui avaient fixé des objectifs impossibles à atteindre, des buts tout à fait inaccessibles. Il avait donc tenté d’obtenir les moyens d’atteindre ses objectifs, mais en vain. Las de lutter, d’essayer dans le doute, de se battre contre des moulins à vent, il s’était affaissé comme une chiffe molle.
Sa femme, ses enfants ne l’avaient pas reconnu. Ce n’était plus lui, cet homme là ? Pas possible ! On le leur avait changé ! Il fallait qu’il se remette, il se devait de redevenir comme avant ! Mais avant ? Comment était-il vraiment ? Il ne se le rappelait plus. Avant, c’était, il y a si longtemps. Il travaillait dans ce bureau depuis maintenant trente ans. Trente ans de façonnement, de modelage, de formatage. Trente ans qu’il se conformait, s’adaptait, se coulait dans le moule fabriqué par ses supérieurs.
Et maintenant, il revenait et il ne reconnaissait plus rien.
Dès l’entrée, ça l’avait frappé : la standardiste, jadis débordée, répondant à plusieurs appels en même temps, prenant les rendez-vous, accueillant les clients, répondant au téléphone, était là, tranquille, sans bouger, parfaitement immobile et surtout silencieuse ! Comment était-ce possible ? Auparavant, elle n’arrêtait pas, elle finissait sa journée en continuant à marmonner : « - Monsieur le Directeur, votre vol pour Londres est à 6 heures demain matin – Monsieur Vergez, votre rendez vous de cet après midi 15 heures vient de s’annuler – Monsieur Roussin, votre rendez vous de 10 heure est arrivé en avance – Madame, je vous prie d’attendre un instant, je suis déjà en ligne – Allo, Monsieur, je vous reprends dans un instant. »
Et voilà que maintenant, elle restait assise, telle une statue face à la porte d’entrée de l’entreprise.
Il se dit : « C’est peut-être une journée très calme pour l’instant, il n’est que 8 heure. Dans une demi heure, la folie va recommencer. »
Il se dirigea vers son bureau, et partout régnait le même calme. Pas un bruit, pas un tout petit bruit de tapotage sur clavier d’ordinateur, pas un son de parole, pas de bruit de porte qu’on ferme, pas de bruit de fauteuil ou de déplacement de personne, pas même le minuscule bruit de la machine à café ! Il se dit, « je suis en train de devenir sourd. Avec tous les médicaments que j’ai avalés, c’est fort possible. Je ne m’en suis pas encore aperçu, mais ça doit être ça. »
Il entra dans son bureau, parfaitement en ordre. Il s’assied à sa place sur son fauteuil coutumier et regarda devant lui. Un sous main en faux cuir, deux ou trois stylos dans un porte crayons, un sous verre avec la photo de sa femme et de ses deux filles, un casier divisé en trois parties pour les différentes tâches à effectuer. Sur le côté, son ordinateur sur la table adéquate, et tout le matériel correspondant. Une grosse liasse de papier blanc, blanc comme le plan de son bureau, blanc comme les murs de son bureau, blanc comme les rideaux de son bureau, et blanc comme la porte de son bureau. Mais, bon sang, pourquoi avaient-ils tout repeint en blanc ?
Il voulut se mettre au travail et chercha partout autour de lui, il ne trouva rien à faire. Pas le moindre document, pas le moindre projet, pas la moindre étude. Il pris son téléphone, et fut terriblement surpris, pas la moindre tonalité. Il se dit : « Je vais patienter. Le directeur va m’appeler, il sait que je reprend le travail aujourd’hui, il a du vouloir me laisser tranquille un moment, pour me réhabituer doucement, mais il va m’appeler et je vais ressortir de son bureau une pleine cargaison de dossiers sous le bras. » Il commença donc à attendre. Il attendit ainsi jusqu’à 11 heures du matin, et là, il ne tint plus, il sortit. Il parcourut les couloirs, où, le même calme régnait toujours. Il se décida à entrouvrir la porte du bureau d’un ancien collègue à lui, il ne le trouva pas, mais un autre homme était assis là, comme lui, tout à l’heure. Il a d’ailleurs eu l’impression étrange qu’il se trouvait en face de lui-même. Il ne connaissait pas cet homme, et l’homme ne lui adressa pas la parole. L’homme semblait ne pas l’avoir vu. Il ressortit et alla voir un peu plus loin, dans un autre bureau d’une jeune femme qu’il connaissait bien aussi. Exactement la même chose que dans le bureau précédent, une femme était assise, immobile, ne faisant rien de précis, mais n’ayant pas pour autant l’attitude de quelqu’un qui attend.
Il se dit : « Je vais aller toquer à la porte du Directeur, et je vais lui demander ce qu’il se passe. » Il partit en direction de cette porte, et parcourut ainsi pas mal de chemin. Il ne trouva pas la porte en question. Il recommença son parcours, il refit le même chemin deux fois d’affilée, pas moyen de tomber sur la porte de la direction. Rien que des portes toutes semblables. Il ouvrit encore deux ou trois portes, vit des personnes assises sans bouger, face à leur bureau, sans rien à faire de concret, seulement occuper à rêver, semblait-il.
Il se dit : « Je deviens complètement fou. Aussi, c’est de ma faute, j’aurais du écouter le psychiatre quand il me disait que j’allais reprendre le travail alors que je ne suis pas complètement guéri. J’aurais du me reposer encore un peu. Voilà ce que c’est que de vouloir précipiter les choses. Bon, maintenant, on se calme, et je vais tranquillement essayer de retourner dans mon bureau. »
Et c’est là que les problèmes commencèrent vraiment pour lui. Impossible de retrouver son bureau. Mais de quel couloir est-ce que je viens vraiment ? Mais où se trouve ma porte au milieu de ces portes toutes exactement semblables ? Il commença à circuler d’un étage à l’autre, d’un couloir à l’autre, ouvrit maintes portes, ne revit jamais les mêmes personnes. Tous les couloirs se ressemblaient, toutes les portes étaient identiques, et tous les étages semblaient les mêmes, mais aucune personne n’était jamais la même. Et pourtant il avait bien l’impression d’avoir ouvert certaines portes deux ou trois fois.
Il se dit : « Mais, c’est encore pire que quand j’étais à la maison de repos. Là bas, au moins, je savais où j’étais. Je pouvais me reposer et les personnes ne changeaient pas sans arrêt. Je crois que je ferais bien d’y retourner. Mais, au fait, comment fait-on pour sortir d’ici ? »
Il se dit alors : « Il faut à tout prix que je retrouve mon bureau, et à partir de là, je saurais bien me diriger vers la sortie. » Il décida de procéder très minutieusement et se dit qu’il allait faire bien attention à quel étage, il se trouvait, qu’il allait ouvrir toutes les portes l’une après l’autre, et qu’ensuite il ferait de même pour les étages suivant. Il commença donc par descendre tous les escaliers, car dans l’ascenseur, les numéros d’étage n’étaient pas indiqués. Il démarra ses investigations par le rez-de-chaussée. Au terme de deux heures de recherche, il ouvrit une porte qui ressemblait à la porte de son bureau. Son manteau était accroché au portemanteau. Il s’écroula soulagé sur son fauteuil en poussant un énorme soupir de satisfaction. Il se reposa un moment, et finalement, le temps commença à nouveau à lui sembler long. Il regarda sa montre, plus qu’une demi heure avant de partir. Il avait passé plus de la moitié de la journée à se retrouver dans ce dédale de bureaux ! Quelle histoire de fou !
Il se dit : « Si demain, c’est pareil, je vais vraiment devenir fou. Finalement, je préférais quand j’avais une tonne de travail, des dossiers à ne plus savoir qu’en faire, le téléphone qui sonnait sans arrêt. Comment vais-je faire pour occuper mes journées ? Aujourd’hui, encore, ça pouvait aller, j’ai pris connaissance des lieux, j’ai tout visité, tout est pareil, ennuyeux, mortel. Comment font tous ces gens pour rester là sans rien faire ? On dirait des statues. Mais, la vie, ce n’est pas ça, ce n’est pas faire la statue, la vie, c’est le mouvement, le désordre, parfois, le chaos même. Un aussi grand calme, qu’est-ce que c’est stressant ! Ca pue la mort à plein nez. Je ne vais jamais pouvoir continuer à travailler sans rien faire ici. D’habitude, on travaille comme des dingues, comme des malades, et là on travaille à ne rien faire ! Même à l’hôpital psychiatrique, on avait un planning avec des activités, peinture, écriture, atelier manuel, entretiens avec la psychologue, tout était structuré, organisé. Et là, tout d’un coup, plus rien, le désert, le flou, le vague, l’absurde quoi !
(Option N° 1)
- Richard, Richard !
- Quoi ! Que se passe-t-il Sofia ?
- Rien. C’est juste que tu m’as réveillée parce que tu as du faire un mauvais rêve. Tu t’es mis à crier.
(Option N°2)
A ce moment là, une porte s’ouvre, et surprise ! Il se trouve face à son ancien directeur.
- Alors, Monsieur Berthier, comment se passe votre première journée ?
- Bien, bien, Monsieur le Directeur. A part que, si vous le permettez, je voudrais bien vous poser une question. Monsieur, depuis ce matin, je ne reconnais plus rien ici. Avant, tout le monde s’agitait dans tous les sens, on aurait dit une maison de courtage en bourse face à un crack permanent, et aujourd’hui tout baigne dans le plus grand calme.
- Nous y avons été contraints, cher Berthier, contraints par la force des choses.
- Que voulez vous dire, Monsieur le Directeur ?
- Je veux dire que votre départ en dépression n’a été que le début d’une longue liste de cas similaires. Bientôt, nous ne nous sommes retrouvés que quelque uns à travailler dans cette entreprise. Alors, vous imaginez bien la charge de travail que nous avons du assumer à quelque uns seulement. Moi-même, je suis tombé en dépression. Alors, dès mon retour, nous avons changé radicalement notre politique de travail. Absence totale de stress. Calme dans tous les bureaux. Plus la moindre tache difficile à effectuer. Que du calme et de la sérénité. Vous l’avez bien remarqué, n’est ce pas, Berthier, et cela vous a bougrement surpris ?
- Bien sur que je l’ai remarqué, Monsieur le Directeur. Même que je me demandais d’où cela pouvait provenir et comment on allait pouvoir continuer ainsi.
- On va continuer ainsi, Berthier, dans le calme et la sérénité, la béatitude.
- Je vous prie de m’excuser, Monsieur le Directeur, mais je ne pourrais jamais travailler dans de telles conditions. C’est beaucoup trop calme. Et puis, autre chose, si nous ne sommes plus productifs, Monsieur, comment allez vous faire pour nous sortir nos salaires ?
- Ah ! Mais j’ai dit qu’on allait baigner dans la sérénité, je n’ai jamais dit que j’allais pouvoir vous payer, Berthier. Pour le salaire, il faudra chercher ailleurs.
(Option N°3)
La porte de son bureau s’ouvre, une tête passe par l’entrebâillement.- Bonjour Monsieur Berthier, alors que pensez vous de votre nouveau lieu de vie ?
- Je suis tout à fait surpris, Monsieur, je m’attendais à tout sauf à ça. C’est pire que la maison de repos. Je vais m’ennuyer à mourir ici.
- Mais ce n’est que le prolongement de votre maison de repos, Monsieur Berthier. Un ersatz d’entreprise, avec tout l’aspect d’une entreprise, la même configuration, des bureaux similaires, mais nous avons supprimé tous les facteurs de stress : absence totale de hiérarchie, plus d’objectifs impératifs à atteindre, plus de courses aux résultats, plus de stress téléphonique ou autre permanent, plus de rendez vous tardifs qui vous faisaient rentrer tard le soir, plus de bruit, plus d’agitation. Vous gardez donc tout l’aspect d’une entreprise et vous perdez tous ses inconvénients, génial non ?
- Génial, mais rudement ennuyeux tout de même. Je ne vais pas pouvoir rester assis ainsi à ne rien faire, c’est encore plus stressant qu’avant.
- Il faudrait savoir, tout de même, Berthier. Lors de vos derniers entretiens avec votre psychologue, vous lui avez confirmé que tout allait pour le mieux dans votre vie, si ce n’était vos conditions de travail. Donc, nous avons agi à la base, nous avons modifié vos conditions de travail.
- Mais, j’aurais préféré, alors, tout simplement rester tranquillement à la maison. Là au moins, j’ai une foule de trucs à faire et de quoi m’occuper.
- Mais, vous rêvez, mon cher Berthier. La maison, c’est pour les retraités, les inactifs, et vous n’êtes ni l’un ni l’autre, il me semble. Vous êtes un actif dont les conditions de travail étaient trop difficiles, donc, nous avons tout modifié pour les personnes comme vous, vous restez un actif sans stress. Vous restez intégré et socialisé mais dans le calme. Nous ne pouvions pas faire mieux.
- C'est bien dommage parce que je vais, sans doute, devoir vous donner ma démission.
(Option N° 4)
Une voix sortie d’on ne sait où :
- Alors, mon cher Berthier, que pensez vous de tout ça ?
- Mais qui êtes vous ? D’où me parlez vous ?
- Je suis votre double, Berthier, votre voix intérieure.
- Ma voix intérieure ? C’est bien la première fois que j’entends ça.
- Il faudra pourtant bien vous y faire, Berthier. Nous avons diminué votre traitement. Il devenait trop fort. Alors vous allez passer par une phase d’hallucinations auditives et visuelles.
- Des hallucinations ? Mais, alors, tout cela n’existe pas ?
- Disons, qu’une partie existe, mais que votre imagination vous joue bien des tours, et qu’en fait vous ne voyez que ce que vous avez envie de voir.
- Comment ça ? Que ce que j’ai envie de voir ? Mais, j’ai vu des personnes immobiles, dans le calme, sans le moindre bruit. Je n'ai pas choisi de voir ces personnes. C'était bien la réalité.
- Le fruit de votre imagination, Berthier, rien que le fruit de votre imagination. Tout est resté à l’identique depuis votre reprise d’activité. Il y a toujours autant de bruit qu’avant. Mais, c’est seulement vous qui avez changé, votre perception de chaque chose.
- Ma perception de chaque chose ! (Berthier se met à réfléchir) -Et, je vais rester longtemps comme ça ?
- Pourquoi, ça vous gène tant que ça ?
- Un peu quand même, j’ai l’impression que je passe à côté de quelque chose d’essentiel.
- Laissez vous aller un peu, Berthier, écoutez votre voix intérieure. Et pourquoi ne pas profiter de ce calme même s’il vous semble un leurre ?
- Parce que je ne veux pas me contenter de vivre dans le leurre. Je veux vivre dans la vraie vie, moi.
- Mais, si la vraie vie est trop difficile, pourquoi refuser un leurre plus confortable ?
- Parce qu'un leurre sera toujours un leurre. C'est du faux, c'est du toc.
- D'accord, mais ce leurre n'est un leurre que par rapport à votre réalité antérieure. Et si c'était votre réalité antérieure qui, en fait, était un leurre.
- Mince alors. Je n'avais pas pensé à ça. Alors, après tout pourquoi pas. Je vais y réfléchir.
Michèle Durand
20 Décembre 2009
HUGO, LES CHEVAUX, etc............. VERSION COMPLETE ET REVISEE
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HUGO, LES CHEVAUX, etc............. - 1 -
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