QUAND "JE" RENCONTRE "MOI"

Publié le par Mirélie

 

 

QUAND « JE » RENCONTRE « MOI »

 

Premier épisode

 

 

Hier, j’ai fait une rencontre absolument exceptionnelle.

Je me promenais tranquillement en ville, quand un visage croisé a subitement attiré mon attention. Je réalisais que je venais de  rencontrer une connaissance.

Stupéfait, j’ai stoppé net ma marche, et j’ai dévisagé la personne. J’ai eu beaucoup de difficulté à me reconnaître. Je n’ai pas l’habitude de ce genre de rencontre. Jamais, je ne me regarde vraiment précisément. Je ne le fais qu’à la va vite, en me rasant tous les matins.

Après quelques minutes de silence, j’ai tendu la main pour me dire bonjour, et de fil en aiguille, nous avons fait plus ample connaissance.

Combien de temps depuis la dernière rencontre de ce genre ? Au moins vingt ans, je pense. C’était le matin de mon mariage, alors que je bataillais comme un forcené pour tenter de réaliser le nœud de cravate du siècle, face à un miroir en pied. Etait-ce le fait que cet objet me renvoyait  mon image entière qui faisait que mes doigts persistaient à s’emmêler sans parvenir à nouer correctement le morceau de soie étincelant ? J’avais vingt-cinq ans et je me trouvais plutôt charmant.

Vingt-ans plus tard, je me découvris tout à coup et ô stupeur, je ne me trouvais plus aussi charmant.

J’ai échangé les banalités d’usage, on a causé de tout et de rien, enfin, plutôt de rien, puisque je savais déjà tout ! Comme je ne pouvais rien m’apporter de plus, j’ai, au moins, essayé de saisir l’opportunité pour passer du bon temps avec moi.

J’ai donc décidé de faire quelques pas en compagnie de moi-même.

Mais, quelle direction prendre ? Cette direction ci ou bien cette direction là ? Je ne parvenais pas à me décider. Tandis que deux pieds se dirigeaient vers le fond du parc, les deux autres filaient vers le plan d’eau.

Ca commençait bien pour une rencontre ! Déjà ma première divergence !

Ne voulant pas démarrer l’expérience par un mauvais présage, j’ai opté pour le banc sous le grand frêne.

J’ai marché tranquillement, mes pas dans les miens, ma main dans la mienne. Quelle parfaite symbiose ! Je regardais courir les enfants tandis que je pouvais simultanément  suivre l’élégante démarche d’une belle jeune femme. Je percevais le gazouillis du pinson alors que mes oreilles supplémentaires affrontaient le tumulte du gros camion ralentissant au feu rouge.

Soudain, une énorme flaque se présenta sous mes pieds. Ne désirant nullement me tremper les chaussures, j’entamais un léger écart sur la gauche, tandis que mon autre moi-même fonçais droit dessus. Et pour cause, j’avais chaussé une paire de bottes. Ca, c’était  mon moi prévoyant tandis que celui que j’investissais initialement était le moi insouciant.

Je suis passé au bord de la flaque, deux pieds dedans et deux dehors. Mes deux moi étaient d’accord et tout le monde était content.

J’ai repris ma main dans la mienne. Moi, qui vivais seul depuis mon divorce, je me sentais si heureux de retrouver enfin un peu de compagnie !

J’imaginais déjà une suite à cette histoire. De nouvelles rencontres, d’autres échanges. J’allais pouvoir partager toutes mes expériences enrichissantes avec moi ! Plus une seule soirée passée seul en face de cet écran rectangulaire à engloutir force pizzas, car j’ai horreur de cuisiner. J’étais certain qu’en vivant avec moi, je retrouverais le goût de la cuisine, des bons petits plats et même des sorties resto !

Honnêtement, quel plaisir peut-on trouver à se rendre dans un restaurant gastronomique tout seul ? Accompagné, ça change tout ! On est immédiatement classé, remarqué et considéré.

Le cinéma, c’est pareil. Aller voir un film tout seul, quelle tristesse ! Tandis que là, je savais fort bien que ce serait un réel plaisir. En outre, aucun problème pour le choix du film : j’ai les mêmes goûts que moi. Aucune dispute en vue et aucune frustration d’avoir accepté de voir le film que l’autre préférait.

L’harmonie parfaite, quoi !

« C’est quoi, ce bolide qui me fonce dessus ? Un doberman. Mais attention, il va me faire tomber ! »

Ca n’a pas loupé, il m’a scié les jambes. Me voici les quatre fers en l’air et les quatre mains qui s’élançaient pour se raccrocher à quelque chose. J’essayais de m’agripper à moi, mais, je n’y parvins pas. Je m’écroulai, je tombai sur le sol… Non, la chute fut bigrement agréable.  J’étais sur un matelas confortable.

Je venais de tomber sur moi-même et mon corps avait amorti ma chute.

Je devinais déjà que j’étais en train de devenir inséparable.

 

 

Michèle Durand

 

21 Janvier 2011

Publié dans nouvelles

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Commenter cet article
A
<br /> <br /> C'était étrange au début mais une fois dans le bain,c'est sympa. Vive moi!<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> L'absurde déroute, et la déroute nous plonge parfois dans l'absurde...<br /> <br /> <br />
A
<br /> <br /> Bonjour Michèle cela fait un petit moment maintenant que je ne suis passé par chez toi, et ce que je lis me plait toujours autant. Je te souhaiteune bonne soirée.<br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br /> Paul<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> Merci beaucoup Armando (euh, pardon, Paul) et bisous<br /> <br /> <br />
É
<br /> <br /> Bonsoir Mirélie. Je suis ravie de ton retour. Ton texte est bien écrit, je pars lire la suite. Bisous<br /> <br /> <br /> <br />
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J
<br /> <br /> Bonsoir Mirelie... Voilà une riche ID, je vais suivre l'affaire de ce moi et moi... Bises de JB<br /> <br /> <br /> <br />
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.
<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> <br /> Quel bonheur ce texte ! Aussi bon que de lire Raymond Devos... L'humour, l'absurde, l'inattendu : tout y est. Merci pour ce plaisir matinal. Je me garde la suite pour demain ! Je te fais de gros<br /> bisous et je te souhaite une belle journée,<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Sandra<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Merci Sandra et ravie de te revoir<br /> <br /> <br /> Bisous<br /> <br /> <br /> <br />