LES CHEVAUX SAUVAGES - Poème


Ils vivaient libres.
Ils étaient beaux.
Ils restaient tous ensemble,
Juments, étalons, poulains,
Pouliches,
Avant et après que l’homme n’intervienne
Dans leur existence
De liberté,
De jeux et de courses spontanés.
Ils habitaient par exemple,
La Cornouaille
Tout près des marécages de Bodmin moor,
Une région aussi sauvage qu’eux,
Un paysage à l’ambiance ténébreuse,
Aux reliefs dissimulés par les brumes,
Aux rochers découpés,
Aux étendues herbeuses vastes et infinies.
Un désert, non pas de végétations,
Mais un désert d’hommes.
Ils vivaient tranquilles.
Ils vivaient heureux.
Qui étaient-ils enfin,
Ces fameux chevaux ?
Arabes, barbes,
Anglo-normands
Ou pur sangs,
Andalous ou Mustangs ?
Peut importe, en tout cas,
Ils avaient été croisés,
Ils avaient été dressés,
Et montés,
Mais maintenant, ils étaient
Revenus et retournés
A l’état sauvage.
Le chef de cette horde,
Le mâle dominant,
L’étalon Phoebus,
Fier alezan,
A la crinière fournie,
A la queue également
Régnait comme un roi
Sur toutes ses juments.
Son encolure ample,
La hauteur de son garrot,
La longueur de ses jambes,
La taille de ses cuisses,
En faisait assurément,
Un cheval très puissant.
A chacune de ses jambes,
Juste au dessus des sabots,
De belles taches blanches
Faisaient un joli tableau.
Son chanfrein était droit,
Portant lui aussi,
Une grande tache immaculée.
Il semblerait qu’il tenait
Du pur sang anglais,
Tant son élégance
Etait sa toute première qualité.
Elégance, fierté,
Assurance, rapidité.
Sa taille et sa force étaient si grandes
Qu’aucun autre étalon,
N’a été en mesure,
De rivaliser avec lui
Pour le détrôner de sa place de chef de horde.
Janus a bien essayé,
Mais en vain,
Car que pouvait faire,
Un jeune étalon arabe,
Face à une telle puissance ?
Janus était très beau,
Très fier, lui aussi,
D’un blanc presque de neige
Les crins pareillement,
La tête très fine,
Et très intelligent.
Ses yeux étaient plus vifs,
Ses oreilles plus mobiles
Que ceux de l’alezan.
Ses bonds plus surprenants.
Quand Phoebus l’attaquait,
Il se retournait et ruait
Bien plus facilement.
Il faut dire, qu’il avait,
De part son passé,
Par le fait des razzias,
A la rapidité, à la vivacité,
Eté durement entraîné.
Mais, la force lui manquait.
Alors après plusieurs heures
De combat, de morsures,
De courses et de coups de pied,
Couvert de sang,
Il a du abandonner.
Il a du laissé la horde à Phoebus
Et s’en aller
En chercher une autre, où
Lui aussi pourrait régner.
Régner comme le faisait l’autre,
L’ennemi, sur ses juments :
Milla, la douce pouliche, baie,
Qui ne faisait jamais d’écart,
Et dont le seul plaisir
Etait de suivre le troupeau
De suivre sa maman
Et de manger de l’herbe,
Manger et encore manger.
Era, sa maman, avec plus de caractère,
Car si Phoebus dominait,
Elle ne s’est jamais laissée faire.
Elle choisissait son pré,
Elle choisissait son herbe,
De temps en temps, elle courrait
En dehors de la horde,
Et Phoebus n’y pouvait rien,
Car elle était presque aussi forte que lui.
Alors il feignait d’ignorer l’escapade
Et préférait regarder ailleurs.
Il y avait aussi Pan, le petit diablotin,
Un tout jeune poulain,
Qui faisait tout le temps le malin.
Bêtise aurait pu être son surnom,
Tant il excellait dans cet art.
Il n’était jamais là où il fallait,
Se mettait en danger sans arrêt,
Oubliait de manger
Pour courir dans les prés,
Et ensuite, affamé,
Voulait manger
Quand il pleuvait à torrent,
Ou même quand il neigeait ….
Véra était une autre jument,
Noire comme le geai,
A la robe scintillante
Sous le soleil,
De mille feu et reflets d’argent.
Sa vivacité et sa pugnacité,
En faisait une partenaire
Irremplaçable,
Dans cette horde de juments.
Paris était son fils,
Pareillement vif,
Mais beaucoup moins étourdi,
Beaucoup moins hors du temps
Que son homologue Pan.
Il y avait encore Maya,
La Gris pommelée,
De race barbe,
Maya,
A la croupe puissante,
Faîte pour enfanter.
Et d’ailleurs, dans son ventre,
Déjà un poulain germait.
Il y en avait aussi d’autres,
Et d’autres encore….
Ils vivaient tous en harmonie,
Dans ses paysages désolés.
De nos jours, si l’on veut encore,
Voir quelques vestiges,
De ces chevaux en liberté,
Où faut il aller,
Au fin fond de l’Australie,
En Kirghizie,
En Patagonie,
En Namibie
Ou en Mongolie ?
Nous pouvons voir,
Evidemment,
Des chevaux un peu partout
Dans le monde,
Mais où sont les chevaux sauvages,
Les chevaux qui courraient librement,
Sans entrave, sans licol,
Sans selle et sans harnais,
Sans rêne et sans mors,
Sans sulky ni calèche,
Sans enclos, sans écurie,
Sans manège ni carrière,
Sans concours complet,
Sans course organisée,
Sans prix de l’arc de Triomphe,
Sans course d’Epsom,
Sans grand prix d’Amérique,
Sans concours hippique
En fait,
Sans maîtres ni cavaliers ?
27 Avril 2009 – Michèle Durand
