LA CHALEUR VUE SOUS DIVERS ANGLES
En ces journées de canicule, je décide de publier
à nouveau ces deux textes
qui me paraissent tout à fait d'actualité
UN MATIN A MARSEILLE
Il est six heures ou un peu plus ou un peu moins,
Peu importe.
Les volets sont restés ouverts cette nuit
Comme presque toutes les nuits précédentes
Les fenêtres aussi d’ailleurs,
Car, ici, on craint davantage la chaleur que les voleurs.
Allongé presque nu sur le drap,
Le corps enveloppé d’un voile humide
Ecrasé, s’enfonçant profondément dans le lit
Et en même temps, étalé le plus qu’il peut,
Comme pour essayer d’une façon ou d’une autre,
De perdre quelques degrés, de trouver quelque part,
Au plus profond du lit, ou bien un peu plus loin sur le drap
Une très légère sensation de fraîcheur,
Qui enfin, le délivrerait de cette chaleur qui l’accable.
Le réveil, soudain, sort le corps de son lourd sommeil
La main se tend vers le trouble fête,
Et rappelle au dormeur qu’il est temps de replonger
Pour de bon cette fois, dans la vraie chaleur, la chaleur torride.
Le corps se détache des draps, où il laisse une marque indélébile,
La marque du sommeil dans la moiteur.
Il se lève en titubant un peu
Déjà, la sueur est présente aux tempes et sous les cheveux.
Comment va-t-il faire pour tenir encore un jour de plus avec une telle chaleur ?
Il s’avance le plus vite possible vers la machine à café,
Et il s’aperçoit qu’il a encore oublié de la programmer,
Donc, il prépare son café, le regard vide,
Les yeux dégoulinant déjà sous la transpiration
Il attend en regardant stupidement la machine,
En se disant qu’au moins, après le café, il sera un peu réveillé,
Il aura déjà un peu plus d’énergie pour entamer sa journée.
Le petit déjeuner pris plutôt lentement,
Vu son état de fatigue et d’abrutissement
Il se traîne dans la salle de bain,
Où, là finalement, il trouve enfin l’apaisement,
Laissant l’eau s’écouler longuement
Sur ses muscles déjà fatigués
Alors que la journée ne fait que commencer.
Il y resterait bien toute la journée sous sa douche
Mais les minutes défilent, il n’a plus le temps.
Alors, vite, cette fois ci,
Il sort de sa douche,
Il se sèche rapidement,
Il enfile ses vêtements de travail.
Il met ses chaussures de sécurité dans un sac,
Il n’oublie surtout pas son casque
Car, sans ça, son contremaître le refusera sur le chantier
Et, il quitte son appartement minuscule
Pour rejoindre l’arrêt de bus le plus proche
Son sac en bandoulière, avec sa gamelle,
Il se dirige vers l’un des plus gros chantiers d’une ville du sud .
Il fait partie de ces hommes sans qui aucun édifice n’existerait
C’est le plein été, mais pour lui, cela ne change rien,
Si ce n’est, cette chaleur, qui rend tout si difficile.
Il ne sait pas s’il préfère travailler en plein soleil,
Mais, en ayant parfois une légère sensation de fraîcheur
Apportée par la brise,
Ou parce que l’esprit occupé,
Il en arrive à oublier cette atmosphère étouffante,
Ou bien, s’il est mieux chez lui,
Où, il n’est plus au soleil
Mais où toute son attention se trouve alors concentrée sur cette chaleur.
Il n’attend qu’une chose,
La fin de l’été,
L’été qui pour beaucoup est synonyme de vacances,
De plaisir, de détente, de repos, de baignade,
Et qui pour lui, n’est que le signe d’une plus grande souffrance.
4 Août 2009
Michèle Durand
DES VACANCES DANS LE SUD DE LA FRANCE
Sept heures du matin, Jean-Luc, sursaute dans son lit. « Mais, qu’est-ce qu’elle a Virginie, tous les matins, à se lever pour aller pisser,toujours à la même heure, réglée comme une horloge, alors que hier soir, je devrais plutôt dire cette nuit, on n’arrivait pas à dormir avec le boucan de tous nos voisins !!! »
Brigitte : « Calmes-toi, Jean-Luc, ça sert à rien de gueuler comme ça : la petite, elle a toujours eu envie de faire pipi à cette heure. Ah ! Et puis, merde, voilà que maintenant tu as réveillé Corinne. Tout le monde debout à sept heure du mat. Ca, au moins, c’est des vacances »
« Que je me calme ? Mais, qui c’est qui a eu l’idée de ces vacances ? On n’est même pas au bord de la mer. On devait aller à la montagne, au frais, comme toutes les années. Là, au moins, on se repose. Dans la journée, y a les petites balades ou la piscine ou le plan d’eau, ou, je sais moi ?….. Et le soir, c’est royal, on se boit l’apéro au calme, au frais, avec les pôtes qu’on s’est fait au camping, on mange tranquilou, et surtout LA NUIT JE DORS….. Pas de bruit, pas de chaleur torride, le paradis quoi, pour recommencer une année de boulôt, ça me paraissait vraiment génial.
Seulement voilà, Corinne a eu 12 ans, Virginie 11, toi tu es devenue pire qu’une mère poule avec elles, toujours à leur dire « Oui, mes petites chéries » « Mais oui, vous aurez des vacances au bord de mer dans le Sud de la France, si vous travaillez bien à l’école »
« Alors, déjà qu’elles n’avaient pas trop d’effort à faire pour être parmi les premières, tu penses, si elles en ont donné un coup pour leurs bulletins : résultat : Virginie : 2ème avec encouragements, et Corinne : 1ère avec 17 de moyenne générale !!!! Alors, là les vacances dans le Sud de la France, dans la canicule, on a été sur d’y avoir droit !!
Et, nous voilà donc, à 50 bornes de la mer, même pas au bord de la méditerranée, non, car y avait plus de place, et puis de toute façon, ça aurait été trop cher pour nous »
« Enfin, Jean-Luc, il fallait bien trouver un camping correct avec les gamines, et puis, celui-ci au moins, il est dans la campagne, il est très propre et il a une super piscine. »
« Ne me parles pas de campagne, s’il te plait, car on est à des kilomètres de quoi que ce soit, et même pour acheter à manger, il faut aller au diable. Ah, c’est sur que celui là de camping, il est pas trop cher, mais qu’est-ce qu’on s’emmerde. Quant à la piscine, excuses moi, mais ça va juste pour des mômes, tu as vu la taille et la profondeur, et puis le monde ? Pas moyen de faire trois longueurs d’affilée, à moins d’y être à 8 heures du mat. !!!! »
« T’exagères quand même, parce que l’intérêt ici, c’est pas la piscine, c’est la mer. »
« La mer, ah, parlons en de la mer : faut se lever drôlement tôt pour y aller à la mer.
Quoique finalement ce matin, avec la môme qui nous a réveillé à 7 heures, ça devrait le faire !! Parce que sinon, on roule dans des bouchons le matin, on paye des parkings pas possibles, on se trouve une petite place au milieu d’un million de serviettes, et on patauge dans une eau où là aussi y a eu des millions de personnes, de pipis, de je sais pas quoi, que moi, j’ai même plus envie de me baigner. Si au moins, je pouvais de temps en temps, aller nager au large comme j’aime, mais non, impossible, parce que tu veux que nous surveillions tout le temps et ensemble les gamines. Je sais pas, moi, des fois, qu’on essaierait de nous les enlever ou de nous les kidnapper !!! Je sais pas si j’ai des filles surdouées, mais leur mère, alors, j’en peux plus !!!! »
« Mais, qu’est ce que t’as Jean-Luc, ce matin, jusqu’à hier, ça avait l’air de bien aller, et tout d’un coup, tu as l’air enragé ? »
« Il y a que je meurs de chaud, ici : je suis pas habitué, moi, je viens du Nord. Alors la chaleur le matin, le jour, le midi à la plage que des fois j’en ai des nausées et des vertiges, plus l’envie de manger, t’as qu’à voir comme je maigris, et en plus, pour couronner le tout, la grosse cerise sur le gâteau : LA NUIT. La nuit, c’est pire que tout, à quatre dans une caravane, même avec toutes les fenêtres ouvertes, y a pas un brin d’air, pas la moindre petite brise, et cette chaleur étouffante qui pèse sur nous !!! Je n’en peux plus ! Si au moins, on avait eu l’air du large, la brise marine, (j’en ai discuté à la plage avec ceux qui campent au bord de l’eau), on aurait eu un peu de fraîcheur et on aurait pu un peu dormir. Mais, là en plus de la nouba de tous les voisins le soir, la canicule la nuit, non, ce n’est plus possible. La canicule, à la télé, ils en parlent comme d’un fléau, et nous, on est venu s’y mettre en plein dedans, faut être maboul, non ? Et en plus nous, on a payé pour y être !!!»
Mardi 4 Août 2009
Michèle Durand