UNE ILE - Défi d'écriture
Mes deux participations au défi suivant
UNE ILE
Abeille 50
La première
« Une île entre le ciel et l’eau,
Une île, sans homme, ni bateau. »
Une île, l’île, des îles : l’image du paradis sur terre. Les îles : les premières destinations touristiques des personnes en mal d’exotisme. Les hôtels de luxe au confort illimité et prometteurs de vacances réussies et envoûtantes.
En Décembre 2009, l’Oasis of the Seas, le plus grand bateau de croisière au monde, effectue son voyage inaugural et accoste sur les côtes de cette île.
Depuis des dizaines d’années, le golfe de la Gonâve accueille les touristes avides de sensations extraordinaires. Un golfe au large d’une île, une île au milieu de l’océan atlantique, une île aux paysages féeriques.
Michaël a fait partie de ceux-ci. Il a passé quinze jours sur la côte ouest de l’île. Il a plongé dans les eaux limpides et poissonneuses, il a longé les récifs coralliens, il a découvert leur faune magnifique, colorée, bigarrée. Il a aperçu, ici, des espèces, pour lui, inconnues. Il a flâné sur les fabuleuses plages de Labadie, Il a fait la sieste sur la plage au sable argenté, à l’ombre des palmiers. La sieste sur une plage dorée ! Le must du bien-être, une sensation de paradis sur terre. La brise soufflant dans ses oreilles, la brise lui caressant le corps, l’air délicieux et lénifiant du large, le ressac des vagues s’écrasant à ses pieds, les doigts de pied écartés sous le soleil généreux, le corps relâché, détendu, apaisé, la tête dans le flou, le vague, le repos. Plus de soucis, de stress, de tension. Plus d’idée dans sa tête, rien que le laisser aller, le laisser filer, la détente dans la plénitude ce lieu angélique.
Il a déambulé dans les rues de la ville, a longé les allées semées de lys, d’orchidées, de glaïeuls et autres hibiscus, a flâné entre les étals du marché, où, la papaye, l’ananas, la noix de coco ou le tamarin côtoyaient l’orange, le citron, la mangue ou la goyave. Un régal tant pour les yeux, la bouche que le nez. Une palette de couleurs chatoyantes aussi bien dans les tissus, les vêtements, que dans les fruits endémiques. Il aurait voulu passer tout son temps entre les délices du bord de mer et la vie intérieure de cette ville animée.
Avant le dernier jour de ses vacances, il s’était promis d’y revenir. C’était loin, il lui avait fallu de longues heures de vol, mais tant pis, il referait l’effort, passerait outre les tracas du décalage horaire, et à coup sûr, l’année prochaine, il allait revenir ici, où il avait vécu des heures si exceptionnelles.
Il n’aurait jamais cru que ….
Janvier 2010
Michaël regarde le Journal télévisé. Il n’en croit pas ses yeux. Il ne reconnaît plus rien. Mais, là bas, ces gens, les amis qu’il s’était fait ? Comment vont-ils ? Où sont-ils ? Sont-ils seulement encore vivants ?
Il revoit les gérants de son hôtel, des personnes si accueillantes. Mais, maintenant l’hôtel n’existe plus, rasé, détruit, abattu. Rien que des ruines.
Michaël imagine : la plage idyllique sur laquelle il se promenait, recouverte de terre, de gravats, de déchets végétaux, d’arbres abattus ou déchiquetés, une plage aux allures de fin du monde. L’eau du lagon et de l’océan, auparavant si claire et maintenant, trouble, sale, nauséabonde. Des corps de poissons morts se mêlent aux algues arrachées, les miasmes se répandent, et le paradis a fait place à l’enfer. Des enfants innocents et orphelins courent en pleurant, hagards au milieu des amoncellements de ruines. Les corps écrasés par les décombres, les corps mutilés parfois, les corps aussi devenus cadavres. Les corps encore vivants, mais titubants, aux yeux exorbités, chancelants et perdus.
Michaël imagine le début : les premières secousses, les prémices de la catastrophe. Les animaux qui sentent le danger venir, qui s’agitent, qui ruent, qui crient ou arrachent leurs liens. Les gens qui commencent à sortir de chez eux, qui regardent autour d’eux, inquiets, angoissés de ce qui les attend. Et, soudain, le bruit, fracassant, étourdissant, monstrueux. La terre qui s’ouvre devant, autour, derrière eux. Les maisons, les édifices, les bâtiments qui chancèlent, vacillent et finalement s’écroulent. Pas le temps de se sauver pour beaucoup. Pas le temps d’éviter la chute des murs sur eux. Les rues qui s’ouvrent sous leurs pas. Ces gens qui courent, affolés, pour éviter le pire, alors qu’en fait, le pire est déjà là.
Michaël imagine les casques bleus, aux prises avec les gravats et les décombres, ils les imaginent dégageant certains corps mais en laissant d’autres. Ils les voient distribuant les vivres à la population égarée ou tendant la main vers un enfant esseulé, ou encore transportant les blessés.
Michaël imagine les magasins éventrés, les denrées écrasées, broyées sous le poids des murs écroulés. Il imagine le manque de nourriture, la pénurie de denrée pour la foule affamée. Quand la famine guette, l’affolement gagne. Il imagine les gens se ruant sur les derniers magasins restés debout, les affrontements entre eux puisqu’il n’y a plus assez pour tous. Des couteaux, des haches ou des pierres surgissent pour piller ces lieux de subsistance. Jamais, on n’avait vu cela ici ! La violence naît de la souffrance et de la misère, comme partout.
- Des vivres, de l’eau, des médicaments en urgence, vite, il leur faut tout cela en ce moment. Mais, bon sang, bougez-vous ! Pense Michaël, - Qu’est-ce que vous attendez donc, tous pour vous dépêcher de les aider ? Vous ne voyez donc pas que, sinon, ceux qui ne sont pas morts des conséquences du tremblement de terre, vont mourir de faim, de soif ou de maladies transmises par le manque d’hygiène ?
Michaël imagine les secours qui ne suffisent pas, les hôpitaux qui ne peuvent rien car eux aussi ont été détruits, les médecins et les ONG complètement dépassés, démunis, accablés. Lui, ici, il a tous les médicaments dont il a besoin et dont il n’a que faire. Mais, là bas ? C’est là bas qu’il faudrait que les médicaments soient. C’est là bas qu’il faudrait des hôpitaux en bon état de fonctionnement. C’est bien là bas qu’il faudrait du personnel médical compétent.
Michaël sait ce qu’il a à faire. Michaël est médecin. Il va rejoindre son équipe, il travaille pour Médecins Sans Frontière. Demain, il achète son billet d’avion. Après demain, Michaël part à Port au Prince.
Michèle Durand
17 Janvier 2010
La deuxième
Je suis née quelque part entre océan et terre
Sur une Ile éloignée au milieu des atolls
Jamais, je ne pourrais m’éloigner de la mer,
Pourrais je un jour seulement prendre mon envol ?
Quelques jours sans la voir
Et c’est le désespoir.
Quelques heures en cité
Je me mets à pleurer
Je suis née quelque part au milieu des palmiers,
Avec pour horizon des reflets azurés,
Un ciel illimité et des nuages lourds
La luxuriante végétation à chaque détour
Partie au loin, longtemps,
J’ai failli en mourir
Revenue de voyage
Je ne puis repartir
Je suis née quelque part d’où je suis prisonnière
Une prison dorée qui me retient, m’enserre,
Je voudrais m’évader, je voudrais la quitter,
Mais, elle me retient de ses bras enlacés
Ici, pas d’avenir
Ici, pas de travail
L’économie se meurt,
Le tourisme seul vit.
Je suis née quelque part, merveilleux paradis
Pour touristes en manque de plaisirs exotiques
Le paradis, toujours : un peu comme la mort,
Quand l’espoir et l’envie ont déserté la vie
Ici, je vais rester
Ici, je vais survivre
Comment ? Aucune idée !
Sur mon Ile adorée
21 Juin 2009
Michèle Durand