AUJOURD'HUI, SUR LA BANQUISE - Poème

Le ciel est d’un bleu roy profond
Tirant sur l’outremer
La mer d’un bleu saphir
Et quasiment transparente.
A l’horizon,
Nulle terre en vue
Juste de l’eau,
Beaucoup d’eau,
Une immensité d’eau
Une « vastitude » d’océan,
Une incroyable profondeur d’eau.
Au loin,
De grandes taches blanches,
Se détachent sur l’horizon.
Elles ne sont pas tout à fait immobiles,
Elles semblent se déplacer lentement.
Elles revêtent des formes chaotiques,
Ciselées, ou arrondies,
Acérées ou adoucies.
Elles voguent sur les flots,
Comme des radeaux à la dérive.
Pourtant elles n’ont rien de radeaux,
Car la masse en dessous de la surface visible,
Est autrement plus imposante
Que la partie émergée.
C’est pour cette raison
Qu’elles se déplacent si lentement,
Elles ont tant d’inertie !
Au loin,
Les icebergs.
Et tout près,
La banquise.
Puzzle éparpillé sur la mer,
Dont le joueur semble avoir égaré les pièces.
Matière solide en constante fluidification
Ancienne terre glacée,
Devenant sol mouvant et instable.
Les mushers s’y perdent,
S’y noient avec leurs huskies.
Et cela fait longtemps
Qu’ils n’ont plus essayé
De la traverser.
Les Inuits eux persistent,
Contraints par la nécessité
De pêcher, de manger,
De s’habiller, de s’éclairer,
Et de vivre…..
Certains la perdent, d’ailleurs,
Leur vie,
En essayant de la garder.
Car sous les patins de leurs traîneaux,
Aussi,
La glace se dérobe.
Alors, à grand regret,
Ils décident de s’en aller,
Vers une terre plus hospitalière,
Où l’on ne risque plus sa vie
Pour la conserver.
Tant pis, alors, s’ils perdent le goût de vivre,
Leurs repères, leurs traditions,
Tout ce qui donnait un sens à leur vie !
Par contre,
L’ours blanc,
Lui, n’a aucune alternative.
Partir ? Où ? Comment ? Pourquoi ?
Il n’y a même jamais songé.
Cela fait des lustres, qu’il vit là.
Depuis des centaines d’années,
Il est acclimaté au grand froid,
Il se déplace sur la glace,
Est coutumier du moins 50
Pêche les phoques à travers la banquise
Fabrique ses réserves pendant une saison
Pour tout le reste de l’année.
Cependant,
Depuis quelques années,
Il a du mal à manger,
L’ours polaire.
Il se nourrit un peu
A la saison des grands froids,
Mais jamais assez.
Il essaie, comme il peut,
De reconstituer sa réserve de graisse.
Mais le gibier manque,
Devient de plus en plus inaccessible,
Fuit bien facilement
Sous la trop fragile banquise.
Il fait toutes les tentatives possibles,
Avance sur les plaques mobiles,
Passe au travers de la glace trop fine,
Plonge parfois en désespoir de cause,
Pour tenter de capturer un phoque,
Lui très à l’aise et rapide.
Mais, tous ces efforts vains l’épuisent.
Alors,
Il s’en retourne, mollement,
Lentement, difficilement.
Jusqu’au moment
Où, il n’a même plus la force de retourner.
Il a plongé dans les eaux glacées,
Ses eaux si riches en poissons,
Phoques et autres mammifères,
Cependant, cette fois ci,
Le froid le saisit,
Lui l’ours polaire, au froid aguerri,
Et, il meurt noyé
De froid, d’épuisement.
Parfois, il parvient à retourner.
Et à ce moment là,
Il erre comme un chien perdu,
Affamé,
La peau pendant
Le long de son corps,
Efflanqué, décharné,
Le regard éteint et hagard.
Il erre pour trouver enfin,
Une nourriture qui le fuit.
Il avance de quelques pas,
Il titube,
Il fait encore quelques pas,
Il vacille,
Il perd son équilibre,
Il vacille à nouveau,
Il reperd son équilibre,
Il tangue sur ses pattes,
Il s’écroule,
La bouche ouverte,
Haletant,
Le regard éteint.
C’est l’agonie de l’ours blanc.
C’est l’agonie de l’un des plus grands,
L’un des plus beaux mammifères.
C’est la mort de l’ours polaire.
4 Mai 2009
Ce texte est l'espression d'une symbolique, celle de la mort
injuste car prématurée (comme celle d'un enfant), ou accidentelle....
en plus du constat des dégats infligés à notre planète
(je ne suis pas l'auteur de ces photos)